« Forces », « talents », « compétences » : de quoi parle-t-on ?

La psychologie positive et l’approche basée sur les forces nous invitent à identifier et valoriser le meilleur de nous-même mais de quoi s’agit-il concrètement ?

Ces courants considèrent que chaque personne possède des forces particulières qui, si elles sont régulièrement exploitées et développées, entraîneront son épanouissement et son fonctionnement optimal.

Nous possédons donc un potentiel unique qui nous distingue des autres et constitue notre richesse personnelle.

Ce qui peut apparaître comme une évidence, est en réalité une approche révolutionnaire par rapport à l’idée générale d’après laquelle : « quand on veut, on peut ». C’est-à-dire : nous possédons un potentiel illimité qui nous permet de devenir performant dans n’importe quel domaine si  on s’en donne la peine.

Pour Alex Linley, chercheur anglais, une force est une « capacité préexistante envers une façon particulière de penser, de ressentir ou de se comporter, qui est authentique et énergisante pour la personne, et qui engendre son fonctionnement optimal, son développement et sa performance ». (voir notamment son ouvrage en anglais Average to A+: Realising Strengths in Yourself and Others).

Donald Clifton, un des pionniers de la psychologie des forces, considère de son côté que le talent « est un mode stable et inné de pensée, de sentiment ou de comportement susceptible d’engendrer des résultats positifs » (Clifton, Buckingham, Découvrez vos points forts).

Ces définitions suggèrent que nos forces sont innées et stables dans le temps, c’est-à-dire durables et uniques. Nous avons donc un potentiel personnel de départ qui n’est pas celui du voisin. Nous avons aussi de ce fait des limites, nos « faiblesses », et autant ne pas perdre trop de temps avec elles car ce sont de grandes consommatrices d’énergie et de stress. Mieux vaut consacrer son précieux temps à identifier ses talents et à les développer.

Pourquoi ? Et bien, parce que quand nous les exploitons, nos forces nous donnent de l’énergie, un sentiment d’authenticité, et nous permettent d’atteindre l’excellence. Plutôt intéressant, non ?

Donald Clifton a mené au sein de la firme de sondage et de conseil Gallup, des recherches sur l’origine de l’excellence sur une période de près de vingt ans à travers plus de deux millions d’entrevues individuelles.

Ses découvertes ont mis en évidence que les individus ayant atteint de hauts niveaux de performance sont systématiquement ceux qui ont identifié leurs propres talents, puis se sont investis dans le développement de ceux-ci pour en constituer des forces personnelles.

C’est-à-dire, réussir à faire converger dans une même direction l’acquisition de savoirs et de savoir-faire avec le développement de ses talents.

Utiliser nos forces nous permet certes d’être performants mais aussi d’éprouver du bien-être, du plaisir et de la satisfaction. Nous faisons ce que nous sommes et c’est pourquoi nous nous sentons bien. C’est ça « trouver sa voie » !

Frédéric MAZILU

Orientation : suivre son rêve ou s’adapter au marché ?

Faut-il toujours opposer notre besoin d’épanouissement personnel et les exigences du marché du travail ? On pourrait le penser à un moment où on ne parle que de « crise », de « rigueur » et de « sacrifices ». Et pourtant, la réalité est peut-être plus ouverte qu’on ne le croit…

Fini le temps des carrières stables et bien balisées dans la même entreprise. Les perspectives en matière de travail sont aujourd’hui beaucoup moins prévisibles et les changements fréquents.

Ce qui implique une capacité à régulièrement se remettre en question à la fois sur le plan personnel et du point de vue de ses compétences.

C’est à la fois un défi et une opportunité.

Un défi parce que, dans un monde globalisé et changeant, les nouvelles valeurs sont : flexibilité, adaptabilité, formation tout au long de la vie, capacité à maintenir son « employabilité ».

 Une opportunité parce que chacun d’entre nous devient le responsable et le créateur de son parcours professionnel. L’environnement est moins stable, moins sécurisant,  mais plus ouvert.

Dans le même temps, nous acceptons beaucoup moins de n’être qu’un rouage dans une mécanique impersonnelle. Nous percevons notre destiné individuelle comme ayant du sens, de la valeur.

Nous attendons désormais du travail qu’il nous apporte de la satisfaction, qu’il réponde à une éthique et contribue à notre réalisation personnelle.

Dans cette perspective, trouver sa voie, ce n’est plus seulement « savoir pour quoi on est fait »; c’est  prendre la responsabilité de tracer son chemin en  incluant et en harmonisant les différentes facettes de notre vie : famille, travail, loisirs, engagements… .

Aux Etats-Unis on parle de « life designing » : Aujourd’hui, « Il nous faut plutôt envisager des « parcours de vie » au cours desquels les individus projettent et construisent progressivement leur vie en y incluant leur parcours professionnel. Ce ne sont plus seulement les adolescents qui sont confrontés à la question majeure : « Que vais-je faire de ma vie ? ». Celle-ci se pose désormais à toute personne devant faire face à une série de transitions majeures dans son existence, qu’il s’agisse de changements en matière de santé, d’emploi ou dans les relations intimes. » ( Mark Savickas, « Life designing: A paradigm for career construction in the 21st century »).

On voit que l’on peut envisager son orientation de 2 façons :

–      en cherchant à s’adapter à la demande et aux opportunités du marché du travail.

–       en partant de soi et du sens que l’on veut donner à sa vie ; le travail étant une dimension parmi d’autres de son projet personnel.

D’un côté, la peur du chômage et du déclassement qui pousse à s’adapter au risque de renoncer à soi, à ses aspirations, à ses valeurs.

A l’instar de cette jeune femme interrogée par le Figaro étudiant : «je n’ai pas confiance en l’avenir. Même en faisant des études, on n’est plus sûr de rien… J’espère pouvoir avoir un job qui me plaise, mais j’ai peur que ce ne soit pas le cas. Je ne crois pas que les jeunes pensent à réaliser leurs rêves en ce moment, ils veulent avant tout sécuriser leur avenir».

De l’autre la volonté de donner du sens à son existence au risque de décrocher de la réalité du marché du travail.

Exemple avec Sophie, citée par Le Monde.fr, qui après plusieurs années passées dans une grande compagnie d’assurance veut « tout arrêter », « remettre du sens dans sa vie ». : « Comment ai-je pu me laisser aller pendant toutes ces années, à m’oublier moi-même, à ne rencontrer que des dossiers, à appartenir à une machine bureaucratique ? »

Bien entendu concilier son insertion professionnelle et ses besoins de réalisation personnelle est un vrai défi mais comment faire si on ne sait pas qui on est et ce qui nous motive vraiment ?

Et pourtant les outils existent mais souvent les démarches d’orientation paraissent lourdes et complexes, réservées aux ados et aux personnes en recherche d’emploi.

Il est cependant possible de commencer à mieux se connaître sans dépenser des milliers d’euros ou passer des heures à s’auto-analyser.

Le MBTI en est un bon exemple. Fondé sur plus de 20 années de recherche, le MBTI  est le plus utilisé de tous les questionnaires de personnalité. Identifier son type psychologique permet de découvrir les grandes dimensions de sa personnalité et leur impact sur le plan professionnel :

–      Tâches préférées / Milieu de travail préféré

–      Points forts de son type / axes de développement

–      Familles d’emploi les plus attrayantes / les moins attrayantes.

Le MBTI permet de faire le point sur sa situation et de s’interroger sur l’écart existant (ou pas) entre ce que nous sommes et ce que nous faisons.

Cette interrogation n’est pas seulement « existentielle » et les entreprises le comprennent de plus en plus. Les recherches récentes sur la motivation au travail insistent sur la nécessité d’une « motivation intrinsèque ».

Au lieu de s’en tenir à un système de motivation externe de type récompense/punition (la carotte : un bon gros salaire / le bâton : un licenciement pour faute) ; on s’aperçoit que l’efficacité et la performance augmentent bien plus lorsque les employés  trouvent dans le travail lui-même du plaisir et de la satisfaction (c’est la notion de flow, j’y reviendrai dans un prochain article).

Mieux se connaître, c’est alors se donner les moyens de bien s’orienter et d’être ainsi plus performant dans ce qu’on fait parce que tout simplement on y trouve du plaisir.

Préparez physiquement vos entretiens !

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Des chercheurs américains ont montré, à l’occasion de simulations d’entretiens d’embauche, que le langage du corps influence non seulement la façon dont les autres nous perçoivent mais également nos propres états psychologiques. Il serait ainsi possible de renforcer sa confiance en soi en adoptant des postures physiques de pouvoir.

On insiste souvent sur l’importance du langage non-verbal dans la communication avec autrui. Mais quelle influence a-t-il sur la personne elle-même ? Amy Cuddy de l’université de Harvard et Dana Carney de l’université de Berkley ont conduit une étude passionnante sur les bénéfices des postures de pouvoir avant un entretien d’embauche. L’objectif était de mesurer si la modification de son comportement non-verbal avant l’évaluation pouvait augmenter la performance des participants ou à l’inverse la diminuer.

low power poses

Cuddy et Carney avaient remarqué que le plus souvent les candidats qui attendent de passer un entretien se replient sur leur chaise ou bien prennent une attitude voûtée pour consulter leur portable. Mais que se passerait-il si, juste avant l’entretien, les candidats adoptaient les postures physiques inverses d’ouverture et d’extension qui sont les signes d’expression de la puissance notamment dans le monde animal ?

high pp animals

high pp human

La découverte de ces psychologues est que non seulement ces postures représentent la puissance mais qu’elles la produisent ! En adoptant préalablement pendant quelques minutes ces postures les candidats augmentaient leur sentiment de pouvoir personnel, leur confiance et leur tolérance au stress. Ce qui se traduisait physiquement chez eux par une augmentation de la testostérone (hormone de dominance) et une baisse de la cortisol (hormone liée au stress) ! A l’opposé des candidats ayant adopté des postures de fermeture et de contraction chez qui la cortisol augmentait et la testostérone baissait.

Du côté des évaluateurs, la perception s’est révélée bien plus favorable à l’égard de ceux qui avaient adopté des positions de puissance.

Aussi, ne négligez pas le langage non-verbal dans vos interactions avec les autres mais aussi avec vous-même. Il ne s’agit pas d’arriver devant un recruteur en bombant le torse  les bras en V mais rien ne vous empêche de le faire discrètement dans l’ascenseur avant d’arriver !

Comment gérer les transitions de vie ?

Confrontés à des transitions majeures dans notre vie, nous nous sentons souvent désorientés et déstabilisés. La réalité sur laquelle nous prenions appui se dérobe sans que nous puissions discerner de quoi demain sera fait. Il existe pourtant des moyens pour apprendre à vivre ces étapes de façon positive.

Dans les années 70, une journaliste américaine, Gail Sheehy, remportait un énorme succès avec son livre « Passages » dans lequel elle montrait que la vie adulte était marquée par une série de « crises » parfaitement naturelles et normales qu’il était possible de connaître et d’anticiper afin de mieux les traverser. 20 ans plus tard dans un nouvel ouvrage, après avoir enquêté auprès de milliers d’hommes et de femmes, elle exprimait son étonnement devant la rapidité des transformations qui s’étaient produites dans notre société donnant à son champ d’étude des prolongements inattendus. En plaisantant, elle écrivait :« Personne ne nous a préparé à la possibilité que nous pourrions vivre assez longtemps pour oublier le nom de le première personne avec qui nous nous sommes mariés ! ».

L’allongement de la durée de la vie mais aussi l’évolution de la société ont bouleversé nos cycles de vie. Comme si nous pouvions désormais vivre plusieurs existences en une seule et cela quel que soit le domaine : personnel, familial ou professionnel. Nous sommes ainsi conduits à régulièrement devoir nous réinventer. Le paradoxe vient alors du fait qu’au moment où le rythme du changement  s’accélère, nous semblons profondément démunis pour l’affronter.

Contrairement aux sociétés traditionnelles qui avaient élaboré un savoir collectif et des rituels de passage pour faire face aux transitions, nous sommes désormais livrés à nous-mêmes. Il s’agit pourtant d’étapes souvent difficiles, surtout si nous n’avons pas conscience de ce qui se joue à ce moment-là, car chaque cycle vient, plus ou moins profondément, réinterroger notre identité, notre avenir et la signification de notre existence.

William Bridges, consultant et écrivain américain, opère une distinction entre le changement et la transition : là où le changement désigne une réalité concrète, objective (comme un licenciement, un déménagement, ou une naissance), le mot « transition » quant à lui désigne une réalité psychologique, subjective, d’adaptation interne aux événements.

Cela implique que nous pouvons tous vivre des changements mais sans pour autant effectuer les transitions psychologiques nécessaires pour nous y adapter et en faire des occasions de renouveau. Cette distinction permet aussi de comprendre la différence entre des cycles de vie sources de croissance personnelle et des scénarios de répétitions qui produisent extérieurement du changement mais qui psychologiquement conduisent à la répétition du même et donc à une stagnation.

Bridges s’est appuyé sur l’étude des rites de passage pour décrire les 3 étapes du processus de transition :

 – La fin : détachement d’une période passée et de l’identité qui lui correspondait. On clôt un chapitre.

 – La « zone neutre » : période de vide et de désorientation mais aussi d’exploration.

 – Le nouveau départ :   une nouvelle identité émerge, un nouveau chapitre s’ouvre.

Le paradoxe de ce processus est qu’il « commence par la fin et se termine par le commencement » ! La fin d’un cycle et l’avènement d’un nouveau provoquent « une crise », c’est-à-dire une tension entre ce qui se défait et ce qui se propose. Cette période de marge  constitue un enjeu majeur. D’un côté, ce qui faisait notre équilibre ne tient plus, l’inconfort s’installe et nous voudrions que cela s’arrête au plus vite. Nous sommes désorientés, comme bloqués dans un labyrinthe. De l’autre, ce temps d’arrêt permet de réévaluer notre vie et d’explorer de nouvelles possibilités.

Cette expérience symbolique de mort, d’errance et de renaissance était au cœur des rituels de passage des sociétés traditionnelles :  « Si nous entreprenons d’examiner les nombreux et étranges rituels des tribus primitives et des grandes civilisations du passé, il devient manifeste que leur but et leur action réels étaient d’aider les hommes à franchir ces seuils de transformation, ces seuils difficiles qui requièrent un changement des structures non seulement de la vie consciente, mais aussi de la vie inconsciente. Les rites dits de passage, qui tiennent une place si importante dans la vie des sociétés primitives (rituels de la naissance, de l’attribution du nom, de la puberté, du mariage, des funérailles, etc.), se caractérisent par des pratiques solennelles de séparation, généralement très pénibles, par lesquelles l’esprit rompt radicalement avec les attitudes, les attachements et les formes de vie correspondant au stade de développement qu’il s’agit de dépasser. Ensuite vient un temps plus ou moins long de retraite, pendant lequel sont accomplis des rites destinés à faire connaitre à l’ « aventurier de la vie » les formes et les sentiments qui conviennent à son nouvel état ; de sorte que, lorsque le moment viendra pour lui de réintégrer son monde habituel, l’initié sera pratiquement né de nouveau. » (Joseph Campbell, Le héros aux mille et un visages).

Si les rituels qui nous aidaient à vivre cette réalité cyclique sont de moins en moins présents dans nos sociétés, on peut constater, au-delà de l’oubli, un certain rejet social de ces « crises » lorsqu’elles se manifestent. Si elles prennent trop d’ampleur, le conseil sera souvent «  va voir un psy ». Sous-entendu, « va te faire soigner ! ». On pathologise le processus naturel de changement qui fait de la vie une succession de passages. Mais faut-il voir ces « crises » uniquement comme les conséquences d’une problématique psychologique personnelle ? Ne faut-il pas les réintégrer dans leur normalité ? Leur banalité ? Cela permettrait alors de s’y préparer et d’apprendre à les accompagner pour qu’elles produisent leur fonction de renouvellement.